Pour le simple  citoyen que je suis, non encarté et déboussolé par le puzzle de la sociale écologie; il semble banal de dire que seule une candidature commune de la gauche pourra espérer atteindre le second tour de la présidentielle. Mais pour accepter de soutenir et faire équipe avec le gagnant du processus de choix (probablement une primaire), les candidat.es se doivent de partager un socle commun. Faut-il qu’il soit formulé.  Ce qui impliquerait donc idéalement un travail de collaboration approfondi bien en amont, qui sera légitimé par un rassemblement apaisé et constructif inscrit dans le temps. Pour espérer survivre au delà des scrutins plus longtemps que la Nupes ou le NFP, cette « coopérative » de la social-écologie gagnerait à être indépendante des partis, transversale tout en les chapeautant, rassemblant ainsi plus facilement les citoyens éloignés du politique, comme les associations et syndicats qui abonderaient ce socle de leurs expertises et réflexions.

Entretenue par leurs modes de financement, la multiplication des partis induit depuis quelques années toujours plus de divisions contre-productives dans les scrutins à deux tours, démobilisant électeurs et sympathisants. Ce qui ne place pas les débats à la hauteur des enjeux et priorités sociales et écologiques, ni aux échelles d’espace et de temps associées.

Le Front Populaire 2027 – qui annonce une primaire pour octobre 2027 –  pourrait être l’ébauche d’une structure citoyenne dépassant les partis et querelles d’égos. A l’initiative de personnalités de la « société civile » et de représentants des partis, cette coopérative réunirait des citoyens depuis tous les horizons associatifs, politiques et syndicaux.

Par pragmatisme, on peut l’imaginer initialement lancée par des personnalités visibles et reconnues pour gagner rapidement en visibilité, elle agrègerait militants et sympathisants non encartés, ébauchant un mouvement citoyen futur plus durable que les éphémères alliances. Partant du programme du NFP, nourrie du travail des partis et des collectifs citoyens, elle élaborerait d’ici l’été un socle commun détaillé, légitime et solide.

Ses quelques grands axes de principes pourraient être, par exemple (c’est une ébauche, cette liste est non exhaustive mais ces axes peuvent – avec d’autres-  être une bonne base car ils sont présents dans la plupart des propositions des partis du NFP ) :

  1. L’Écologie – comme principe premier présidant à toute décision politique par la considération du vivant et de ses ressources dans toutes leurs interactions et interdépendances, souvent encore inexplorées (humanité, faune et biotopes : océans, flore, forêts, agriculture, etc.). Écologie intégrale ou règle verte selon que vous viendrez de Génération Écologie ou de la FI, elle serait la colonne vertébrale de toute politique nouvelle.
  2. La Sobriété matière-énergie : réduire l’extractivisme et ses conséquences, gérer les communs négatifs associés, orienter tout l’effort industriel vers la low-tech et la décroissance rapide de tous les secteurs impactants et prédateurs, tout en interrogeant la domination de nos paradigmes économiques trop souvent totémisés par inculture, besoin de croire ou paresse.
  3. La Justice sociale – comme moelle épinière des premiers, autour du triptyque revisité, réaffirmé et vérifié pour toute décision politique : Liberté, Égalité, Adelphité. Devise républicaine qui fonde la citoyenneté, émancipée ici dans l’élucidation, la compréhension et l’intégration des interdépendances dans tout le Vivant et la matière. L’interaction du politique avec le système Terre pour la justice sociale passe par la pérennisation et la maitrise de nos systèmes de subsistances : faire que chacun dispose d’un accès à la terre ou à des moyens de subsistance qui l’autonomisent dans la coopération solidaire avec ses adelphes. La citoyenneté garantissant la justice sociale s’en nourrit dans le souci des interdépendances que nous révèle la pseudo crise écologique (plutôt le bouleversement définitif).
  4. Le renforcement de l’Europe politique – seul niveau d’action politique à même de nous laisser espérer mettre en œuvre ce qui précède, contenir les tensions internationales grandissantes et réduire les injustices intérieures à l’UE, autant que les iniquités nord-sud et post-coloniales. Devant la nécessité d’agir en coopération plutôt qu’en compétition au niveau mondial, face au réchauffement climatique, aux extinctions de biodiversité et à la gestion des communs négatifs qui engendreront difficultés à vivre, et donc migrations, déstabilisations et guerres. Quand ces dernières ne sont pas bêtement fomentées pour faire diversion par des décideurs ou potentats cupides, incapables de gérer le vrai problème : la crise écologique que leur logiciel obsolète nourrit.

Promesse d’émancipation citoyenne, cette démarche rassemblerait nos héritages et promesses socialiste, écologiste et européen. Dans la sobriété et la décroissance des activités économiques nuisibles, réconcilier durablement la possibilité de l’abondance avec celle de la liberté ne sera pas une mince affaire. Elle exclue d’emblée la compétition pour mettre la coopération devant, en tout domaine.

Ce qui intègre donc un impératif de Considération que la grammaire politique actuelle, biberonnée aux haines simplistes des réseaux sociaux, doit réintégrer de toute urgence afin que le terme Adelphité ait encore un sens dans notre devise républicaine.

Veillant toujours à la cohérence des propositions avec les fondamentaux partagés et les urgences qui nous poussent, la coopérative permettrait donc de préparer plus sereinement une primaire au jugement majoritaire, incarnant une sorte de “hiérarchie des normes” interne à la gauche écologiste et priorisant les valeurs (toujours interrogeables!) et les axes du projet plutôt que les structures.

Le temps long deviendrait alors enfin l’allié d’une puissante structuration émancipatrice du corps citoyen qui pourrait réveiller la vie politique – à gauche – pour conduire au moins en partie les changements urgents et nécessaires en matière d’écologie et de justice sociale.

Reste à en trouver les acteurs-promoteurs immédiatement compétents, efficaces et visibles : quelques personnalités et collectifs bien identifiables dans la vie socio-politique, en plus des responsables de partis et potentiels candidats qui, tout en y participant, s’en distingueraient pour en préserver l’indépendance. Le temps presse,  mais ça reste une bouteille à la mer…